L’usine de tissage de Poule-Les Écharmeaux

Quand l’unique usine de tissage du village faisait travailler 30 personnes…

Chantal Perche, Gérard Perras et Marie-Claire Sanlaville

Dans les années 1960, les nombreuses scieries et l’usine de tissage de Marc Coffy fournissaient des emplois aux habitants de Poule.
Rencontre avec certains d’entre eux, toujours au village.


Marie Bouland, Andrée Patay, Chantal Perche, Marie-Claire Sanlaville et Gérard Perras, habitent encore le village et se sont formés sur le « tas » et se souviennent.

Andrée Patay, 79 ans entrée en 1952 explique : « J’ai fait toute ma carrière (38 ans) comme tisseuse. Au début les métiers étaient à navettes, puis sur la fin le travail, sur de nouvelles machines -à air et à eau- était plus rapide et performant, nous faisions les 3/8 et le week-end. Je conserve un beau souvenir : celui d’un voyage de deux jours en Suisse que notre employeur nous avait offert. : 3 cars nous ont emmenés deux jours en Suisse ! »

Marie-Claire Sanlaville, 63 ans, quant à elle, a débuté à 18 ans : « J’ai appris le métier avec les « anciennes » ; le métier (à air) était difficile car les fils réagissaient à l’humidité ou la sécheresse. Nous fabriquions du tissu destiné à la confection de bâches. Avant que l’usine ferme, le rythme était de 5 jours d’affilée suivis de 5 jours de repos. »

Chantal Perche 69 ans, se souvient lui aussi : « J’avais 18 ans lorsque j’ai intégré l’usine en 1962, j’étais tordeuse-remetteuse. Comme j’étais de petite taille Marc Coffy m’avait fourni un marchepied pour atteindre le chevalet sur lequel je tordais les fils. »

Gérard Perras 59 ans, entré en 1974 : « Après mes débuts comme agent d’entretien puis comme tisseur. Je ne faisais que la nuit jusqu’à la fermeture de l’usine en 1991. »

L’hiver 1956 a été si froid…

Marie Bouland

Marie Bouland, 88 ans, entrée en 1950 à l’usine.

« Nous étions 6 tisseuses et travaillions par demi-journée et changions les navettes sur les métiers. Ensuite pour Marc Coffy, c’était en équipe.
L’hiver 1956 a été si froid que nous devions charger la chaudière à charbon la nuit pour qu’il fasse presque chaud la journée ! Les chaînes cassaient sans cesse… L’usine a même fermé plusieurs jours, presque des vacances pour nous ! »

Danièle et Marc Coffy, propriétaires de l’usine de tissage…

Danièle et Marc Coffy

Danièle et Marc Coffy vivent leur retraite à Poule.
Marc Coffy* : « Je suis natif de la Loire, d’une famille de tisseurs, depuis deux générations. J’ai appris le métier dans l’entreprise familiale, tout comme mon épouse.
En 1960, nous nous sommes installés à Poule lorsque l’opportunité s’est présentée de louer puis d’acquérir l’usine de tissage existante.
D’une entreprise avec une dizaine d’employés nous avons fait une usine dix fois plus grande avec 30 employés qui travaillaient 7 jours sur 7 ainsi que la nuit.
Le gouvernement, l’armée, les P et T, la marine étaient nos clients. Nous leur livrions du tissu écru (doublure), en polyester et polyamide.
Ma femme gérait l’administratif de l’usine. Puis dans les années 1990 la crise du textile a sévi dans la région : nous avons dû fermer l’usine et licencier le personnel, à notre grande désolation. »
*Marc Coffy a été maire de Poule.

Textes et photos : Geneviève Armanet (Le Progrès)