L’hôtel de La Scierie

L'ex Hôtel de la Scierie en 2006

Aux XVIIIe-XIXe siècle le Haut Beaujolais était déjà réputé pour le bon air des sapins que les lyonnais venaient respirer…
C’est ainsi que les hôtels ont fleuri dans la vallée d’Azergues et au col des Écharmeaux qu’empruntaient les diligences puis les voitures particulières et le train : Au col des Écharmeaux, l’Hôtel Jugnet également relais de poste, l’Auberge des Écharmeaux, l’Hôtel de la Scierie et l’Hôtel des Nations (d’abord Nouvel Hôtel) ; ainsi que l’Hôtel Bancillon à Chansaye, celui de la Gare construit lorsque le train arriva dans la région.
Tous ces hôtels ont accueilli de nombreux voyageurs de passage et surtout des pensionnaires qui séjournaient les mois d’été.
Certains existent toujours mais d’autres sont devenus restaurants seulement ou ont été transformés en habitations. Ce sont les chambres d’hôtes et les gîtes d’étapes qui depuis une vingtaine d’années ont pris le relais de ces hôtels.

Hôtel de la Scierie

L’un des premiers hôtels construit fut l’Hôtel de la Scierie en 1860 (?), d’abord appelé Hôtel des Sapins Dupuis. Il comportait une vingtaine de chambres, était ouvert pratiquement toute l’année et affichait souvent complet comme en témoigne Jean Payet, propriétaire en 1915 qui s’adressait à un client potentiel : « Le prix de la pension est de 5 francs par jour tout compris (menu suivait). J’aurai le 26 août une bonne chambre à votre disposition car actuellement au complet. En me prévenant de votre arrivée (tél. 2) vous trouverez à la gare le courrier qui vous amènera à la Scierie ».

L'Hôtel de la Scierie au début du XIXe siècle     L'Hôtel de la Scierie au début du XXIe siècle

L'Hôtel de La Scierie     L'Hôtel de La Scierie

La publicité se faisait de plusieurs manières : peinte sur la façade (encore visible) par carte postale que l’hôtelier diffusait aux clients et dans le guide Michelin (années 60) avec mention : « Altitude 720 m – station estivale – séjour pour famille – garage – autos à volonté – vins en gros » ! ».
La clientèle se bousculait pour loger à la Scierie, comme en témoignent ceux qui y ont travaillé après guerre : Lili Dumoulin serveuse en extra, Pépée Bertinier serveuse, Bernadette, serveuse avec son mari Gérard Thion, homme à tout faire et les derniers à avoir œuvré à l’hôtel qui a fermé ses portes en 1981 et dont la dernière propriétaire était  » la Cinette » Tardy. Le bâtiment a depuis été transformé en habitations.

Témoignages

Bernadette et Gérard THION

Bernadette et Gérard THION

Gérard Thion :
La propriété comportait à l’origine une ferme (disparue en 1963), un grand jardin qui fournissait le restaurant de l’hôtel et un négociant en vins y faisait commerce ; j’ai débuté à 10/12 ans à l’épluchage des haricots verts et à la plonge… puis à 15 ans, je suis devenu salarié ! On a tué le cochon jusque dans les années 50 et il y avait une vache qui mangeait tout ce qui restait en cuisine et qu’on ne pouvait pas resservir… elle était énorme et buvait même le vin et le champagne qui restaient ! Rien ne se perdait : parfois des langoustes qui restaient et ne pouvaient être conservées dans le réfrigérateur trop petit, étaient servies au petit-déjeuner aux représentants de passage qui appréciaient l’aubaine !

Bernadette Thion :
Nous logions toute l’année à l’hôtel : debout dès 6 heures, je restais au restaurant jusqu’à ce que le dernier client parte, parfois à deux heures du matin. Entre 1970 et 1980 la clientèle de passage était en grande majorité étrangère.

Pépée BERTINIER

Pépée BERTINIER

J’avais 15 ans et je travaillais chaque été, j’étais logée à l’hôtel où dès 6 heures j’aidais à la préparation du petit déjeuner des pensionnaires séjournant en couples ou seuls, il n’y avait pas d’enfants ; puis on faisait les chambres (l’eau courante était dans le couloir et on apportait des brocs d’eau dans chaque chambre). La patronne « Cinette » cuisinait la truite (un vivier en était toujours plein) aux amandes et champignons à la crème ! A l’époque les jours de repos n’existaient pas…

 

 

Lili DUMOULIN

Lili DUMOULIN

J’ai travaillé à l’Hôtel de la Scierie en 1946, pendant 5 ans ; j’assurais le service le dimanche pour les extras (banquets) : j’habitais à 20 minutes à pied du village. J’assistais à la messe, tout comme Cinette Chuzeville, propriétaire de l’hôtel : elle m’emmenait ensuite en voiture jusqu’à la Scierie. Je servais jusqu’à 100 personnes, sous la tonnelle de l’autre côté de la route. Le service terminé, j’aidais le soir les autres serveuses (chargées elles, des pensionnaires) à la plonge.