Faire sortir des camps à tout prix

Le panneau commémoratif installé le 18 novembre 2012

Il y a quelques temps Geneviève Armanet nous proposait un excellent article sur l’histoire de l’Hôtel Bancillon.
Dans cet article, elle indiquait notamment : «Pendant la seconde guerre mondiale une cache pour les Juifs avait été aménagée dans la cave de cet hôtel (découverte par Mme Jeandet en 1987). Entre 1941 et 1944, l’hôtel voisin devenu logement était un lieu d’internement pour une centaine de juifs avant d’être colonie de vacances comme en témoigne l’inscription encore visible : Le paradis des enfants.»
Le Samedi 18 novembre 2012, à Chansaye, Michel Mercier et Serge Klarsfeld (absent pour raison de santé) ont rendu hommage à la mémoire des six victimes de la haine raciales, assassinées par les nazis et leurs complices parce que nées juives. Susanne Léo Pollak, dont les parents ont été internés au Paradis des petits et qui y vécue ses 9 premiers mois, était présente.
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C’est un peu de cette histoire qui vous est proposé ci-après.

Un camp sous le régime de Vichy, appelé camp d’internement ou camp de séjour surveillé, « accueillait » de force, sur le territoire français, de nombreux Juifs ; autrement dit, c’était un camp de concentration où étaient notamment emprisonnés des Juifs.

Si, pour la plupart des internés, le temps semble figé dans l’espace clos du camp, certains mouvements s’opèrent qui rythment les allées et venues et gonflent ou dépriment le chiffre de la population retenue derrière des barbelés. Ces mouvements peuvent concerner de simples transferts vers d’autres camps, lorsque ceux-ci vont se « spécialiser», ou des sorties temporaires comme des « congés maladie » nécessitant un séjour dans un hôpital ou un repos permettant, par exemple, une alimentation plus roborative. La procédure à suivre s’alourdit de telle manière que peu d’internés peuvent en bénéficier. Il faut en effet faire établir une enquête sur « papier timbré».
Lorsque le Docteur KRAMMER prépare sa tournée dans les camps d’internement français, Suzanne FERRIÈRE lui propose de rédiger une série de mémentos pour lui permettre de se faire une idée préalable de la situation. Pour cela, elle se met en contact épistolaire avec Marcelle TRILLAT. Cette dernière lui signale qu’une rencontre est absolument indispensable entre le Docteur KRAMMER et un jeune abbé « qui a plein d’idées pour faire sortir les internés des camps ». Ce prêtre n’est autre que l’Abbé GLASBERG dont la présence active en faveur des réfugiés de toutes nationalités et de toutes religions est déjà bien connue et diversement appréciée dans les paroisses lyonnaises. Créateur des Amitiés Chrétiennes, l’Abbé est un militant inlassable de la solidarité œcuménique. Il ne met guère de temps à comprendre qu’un séjour prolongé au sein des camps n’est pas une solution acceptable.
L'Abbé Alexandre GLASBERG à Chansaye le 30 mars 1942
Au cours des séances des 2 et 3 décembre 1941, les membres du Comité de NÎMES prennent connaissance du projet d’ouverture de centres d’accueil.
L’idée, précise le rapport, « a été conçue au début de l’été 1941 par trois travailleurs sociaux s’occupant tout particulièrement du problème des centres d’hébergement » 467 . Le projet reçoit l’appui du Cardinal GERLIER, Archevêque de LYON, qui accepte de le présenter et de négocier les autorisations nécessaires avec les autorités locales – préfecture et communes – dans un premier temps. Six mois sont nécessaires pour faire avancer le dossier et obtenir les garanties permettant de passer à une autre étape tout aussi délicate : l’autorisation de Vichy. Là encore, le soutien et l’intercession du Cardinal GERLIER permettent de faire avancer la demande. Un accord de principe est obtenu pour la création d’une Direction des Centres d’Accueil (DAC). L’équipe de direction, qui comprend les trois initiateurs du projet, s’adjoint la collaboration du SSAE et, notamment, celle de l’équipe d’Entraide et de Service Social travaillant sous son égide à GURS. L’objectif de la DAC est de créer, sous les auspices de Vichy et du cardinal GERLIER, un centre d’accueil dans chaque département.
Pour le moment, le premier centre est installé à CHANSAYE–PAR-POULE dans le département du Rhône. La maison, repérée bien avant l’obtention de toutes les autorisations, a l’avantage d’être à bonne distance de LYON, ni trop près, ni trop loin et ne nécessite que quelques réaménagements mineurs, donc peu coûteux.
Le centre d'accueil de la ROCHE D'AJOUX, aujourd'hui
Le premier choix d’internés susceptibles de devenir des hébergés a fait auparavant l’objet de longues tractations entre l’équipe de la Direction des Centres d’Accueil et celle d’Entraide et de Service Social. Les critères retenus ne sont plus ceux des libérations, qui visaient essentiellement des catégories de population particulièrement fragiles : vieillards, enfants, malades…
Pour le centre d’accueil de la ROCHE D’AJOUX, le choix initial est clair :
« Notre but est non point de faire des asiles de vieillards ou d’incurables, mais de sauver pour la vie des êtres sains, socialement utiles et présentant une valeur humaine et morale certaine. Nous cherchons à les replacer dans des conditions d’existence normales, à les remettre au travail et à rétablir, dans la mesure du possible, la vie de famille des couples séparés ».
Initialement, le choix portait sur des hommes et des femmes âgés de 25 à 45 ans, de toute nationalité et de toute confession. Pour assurer le financement du centre, l’Abbé GLASBERG met en place un système ingénieux à propos duquel il ne tolèrera aucune exception. Pour assurer « l’autarcie économique », deux tiers des hébergés sont accueillis gratuitement ; quant au dernier tiers, il est recruté parmi ceux qui peuvent payer une pension, pension calculée de façon à couvrir la totalité du budget. Ainsi, un pensionnaire payant rétribue en fait la pension de trois personnes – ce qui conduira à accepter la présence de personnes plus âgées que celles qui étaient initialement concernées, afin de trouver des pensionnaires solvables. Qui plus est, la pension doit être versée pour une année entière. Ce système ingénieux et vis-à-vis duquel aucune exception ne sera tolérée par Alexandre GLASBERG (ainsi que l’atteste la correspondance abondante avec Ninon HAÏT) permet d’assurer une autonomie financière au fonctionnement du Centre. La Commission Centrale des Camps des Œuvres Israélites versera une aide de démarrage de 50.000 francs.
Les autorités préfectorales, tout comme celles de Vichy, considèrent que les internés se rendant à CHANSAYE ne sont pas des internés libérés mais simplement transférés. Aussi des garanties sont-elles exigées.
Dans une note adressée au Cardinal GERLIER, le ministère de l’Intérieur rappelle que la création du Centre est soumise aux conditions suivantes :
« Le centre est placé sous l’entière et personnelle responsabilité des dirigeants, les pièces d’identité et cartes d’alimentations seront retirés par les administrateurs, de fréquents appels de jour et de nuit seront effectués, toute évasion devra être signalée à la Préfecture ».
L’examen du règlement intérieur traduit ce souci de rassurer les autorités sur la nature quasi disciplinaire du centre. En fait, pour l’équipe sur place, la préoccupation majeure reste de faire fonctionner avec les moyens impartis une collectivité constituée de personnes ayant vécues à la limite de l’humain durant des mois entiers.
Les 52 internés qui font partie du premier convoi peuvent très vite apprécier la spécificité des conditions matérielles et morales d’hébergement dans le centre d’accueil – même si se réadapter à une vie plus « normale » ne va pas toujours de soi. C’est le constat que fait Nina GOURFINKEL qui fait partie de l’équipe d’accueil.
Elle écrit à Ninon HAÏT dans les premiers jours après l’arrivée des naufragés de GURS :
« Je vous écrierai longuement mes impressions. Elles sont très mêlées. Mais le côté positif dépasse de loin mes espérances, il y a de quoi sauver. Ça tient, ce sont des êtres humains. Je ferai tout mon possible pour raffermir leur foi dans la vie. Je suis rassurée et néanmoins très troublée. Enfin ! »
C’est David DONOFF, assistant social de la DCA et interné volontaire au camp de GURS, qui le premier quittera GURS pour accompagner le premier convoi d’internés vers CHANSAYE et pour travailler plus tard auprès de l’Abbé GLASBERG.

Sources : Université Lyon 2 – Thèse L. CHIBRAC – 2004
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Le centre de Chansaye a accueilli pendant sa période d’activité 1941-1944 une centaine d’internés toujours sous contrôle de l’administration des camps, leur permettant d’échapper aux terribles conditions d’internement.

Susanne Léo POLLAK, retour à Chansaye (Poule-Les Écharmeaux)

Les parents de Susanne Pollak-Heinz ont été internés en mai 1940 au camp de GURS parce qu’ils étaient considérés par le gouvernement comme Indésirables. Après l’armistice, ils sont maintenus en détention en raison des premières mesures du gouvernement de Vichy contre les juifs étrangers.
À l’automne 1941, ils sont transférés dans le Rhône dans le premier centre d’accueil ouvert par la DCA (Direction des Centres d’Accueil) à Chansaye, dirigé par l’Abbé Alexandre Glasberg.
Susanne Pollak est née dans la clandestinité à Lyon quelques jours après les rafles du 26 août 1942. Prise en charge par le réseau des Amitiés Chrétiennes et par l’OSE, l’enfant survit avec sa mère et elles rejoignent à la Libération Heinz Pollak qui avait rejoint la résistance armée dès 1942.

Susanne Pollak et sa mère   Susanne Pollak, lettre du 25 octobre 1943   Susanne Pollak à Chansaye

Cérémonie du Samedi 18 novembre 2012 à Chansaye   Cérémonie du Samedi 18 novembre 2012 à Chansaye   Cérémonie du Samedi 18 novembre 2012 à Chansaye

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